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Dossier : notre guide des montres habillées Patek Philippe

Si une marque devait incarner l’excellence en matière de montres habillées, ce serait sans aucun doute Patek Philippe. De l’élégante et sobre Calatrava à la flamboyante Gondolo inspirée de l’Art déco, Patek est la référence ultime pour ce type de garde-temps, avec ses collections historiques et ses nouveaux modèles qui repoussent les limites de la montre habillée.

Pour tous ceux qui cherchent à acheter une pièce parmi les centaines, voire les milliers, de montres habillées fabriquées par Patek au cours du siècle dernier, le choix peut s’avérer compliqué. La Calatrava offre à elle seule tellement de déclinaisons qu’il est difficile de croire qu’elles font partie de la même famille.

Nous avons créé un guide pour vous aider à choisir la Patek idéale pour vos grands évènements, tout en vous expliquant pourquoi cette marque vénérée est la reine incontestée de la montre habillée.

La quintessence de la montre habillée

La Calatrava est l’étalon qui permet d’évaluer les autres montres habillées. Tirant son nom du logo de la marque, une croix ornée de fleurs de lys utilisée par un ordre militaire espagnol au Moyen Âge, cette superbe pièce est le modèle phare de Patek. Son design inspiré du mouvement Bauhaus fut d’ailleurs considéré comme radical au moment de son lancement en 1932.

Image : Bonhams

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À l’apogée du mouvement Art déco, les montres habillées de l’époque étaient essentiellement équipées de boîtiers « de forme », tout sauf ronds.

Fabriquées la plupart du temps en métaux précieux, elles étaient aussi richement ornées, avec des lunettes ou des anses arborant des gravures ornementales, des boîtiers à gradins ou des pierres précieuses serties.

Les chiffres des heures, et particulièrement les chiffres romains, étaient souvent étirés ou agrandis pour remplir le cadran, comme si la présence d’espace vide était quelque chose de repréhensible.

Elle était équipée d’un boîtier rond de 30,5 mm en or jaune, plutôt petit comparé aux standards d’aujourd’hui, qui abritait un cadran blanc épuré avec un sous-cadran des secondes à 6 heures, des index bâtons et de simples aiguilles Dauphine. Comme la plupart des Calatrava, elle était montée sur un bracelet en cuir de haute qualité plutôt qu’un bracelet métallique.

La toute première référence 96 (photo ci-dessus) était dotée d’une lunette lisse mais une variante avec un décor « clous de Paris » guilloché à la main, la référence 96D (le « D » venant de « décor »), fut lancée deux ans plus tard, suivie par de nombreuses autres versions de la 96.

Les mouvements de cette première génération de modèles étaient des calibres maisons à remontage manuel. Et bien que des mouvements automatiques et à quartz aient été utilisés ponctuellement dans la collection, la Calatrava est bien connue pour ses remontages manuels. L’absence de rotor de remontage permet en effet d’obtenir un boîtier plus fin, le prérequis ultime pour produire l’archétype de la montre habillée.

Répertorier toutes les Calatrava fabriquées depuis son lancement nécessiterait la création de nombreux albums à plusieurs tomes mais il existe certains modèles clés qui sont très recherchés par les collectionneurs.

La référence 3520D (photo ci-dessous), aujourd’hui considérée comme un classique, a été lancée en 1970 et se démarqua grâce à ses anses droites (plutôt que courbées), ses chiffres romains, l’absence d’aiguille des secondes et sa lunette clous de Paris.

Son boîtier ultra fin, dont la finesse est difficile à apprécier avant de le voir porté au poignet, a été créé grâce au mouvement 177, qui mesurait moins de 2 mm d’épaisseur.

En 1985, une référence similaire, la 3919 (photo ci-dessous), fut lancée avec des aiguilles « feuille » à la place des aiguilles bâtons et un sous-cadran des secondes à 6 heures. Sa popularité fut à l’image de sa longue production qui dura 10 ans.

Image : Phillips

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Tandis que la Calatrava était traditionnellement équipée d’un fond de boîtier fermé sans embellissement, des versions modernes permirent d’admirer la complexité et le savoir-faire du mouvement grâce à un fond transparent.

Cela dit, si vous souhaitez profiter du meilleur des deux mondes, la référence 5227 (photo ci-dessous) mérite toute votre attention.

Ce modèle à remontage automatique doté d’un guichet de date à 3 h, est équipé d’un fond en verre saphir caché sous un couvercle à charnière plein que l’on peut ouvrir grâce à une petite « oreille » discrète. Même avec l’ajout d’un rotor manuel et d’un couvercle, son boîtier reste relativement fin avec ses 9,24 mm d’épaisseur.

Si vous recherchez un modèle un peu plus décoré, la référence 5196P (photo ci-dessous) de 2004 arbore un cadran concentrique en argent avec des chiffres Breguet appliqués et un boîtier de 37 mm. Comme pour toutes les montres en platine Patek Philippe, un petit diamant est serti dans la carrure entre les deux anses inférieures.

Image : Phillips

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Avis à tous les puristes, préparez-vous mentalement… il existe aussi cette version, la référence 6007G en or blanc lancée au salon Watches & Wonders de 2023, où Patek semble s’être complètement affranchi du cahier des charges de la Calatrava.

Le bijou de famille idéal

Quand il s’agit de répondre aux critères du bijou de famille idéal, une pièce intemporelle transmise de génération en génération au sein d’une même famille, la Calatrava dans sa version classique coche toutes les cases.

Avec un boîtier en or ou en platine, ce modèle durera plus longtemps que ceux en acier inoxydable en termes de stabilité chimique et de résistance aux dommages créés par l’environnement. Il aura également davantage tendance à conserver sa valeur et à offrir une esthétique imperméable aux tendances.

Aucune histoire n’illustre aussi bien cela que celle qui fut publiée dans une newsletter de Patek Philippe en 1955.

Greta Tellander, la matriarche d’une riche famille suédoise, décida de fêter ses soixante-dix ans en offrant un cadeau très spécial à chacun de ses onze petits-fils. Pour cela, elle choisit onze références 96 en or jaune, toutes achetées chez le même bijoutier de Göteborg.

Les initiales de chaque petit-fils et de Greta Tellander elle-même furent gravées sur le fond de chaque montre ainsi que la date de naissance de la matriarche, les montres étant toutes offertes dans leurs boîtes de présentation en cuir. Aujourd’hui, quasiment toutes les Calatrava offertes par Madame Tellander appartiennent toujours à la même famille et à ses descendants, et beaucoup ont conservé leurs bracelets et boucles d’origine.

Les modèles pré-Calatrava

Les toutes premières montres-bracelets Patek Philippe apparurent dans les années 1910 en même temps que les premières montres militaires et les futurs grands classiques comme la Santos et la Tank de Cartier.

À cette époque-là, la marque était déjà connue depuis plus d’un demi-siècle et s’était forgée une réputation de fabricant de montres à gousset de haute qualité. Patek revendique d’ailleurs la création de la toute première montre-bracelet en 1868, une pièce unique fabriquée pour une comtesse hongroise, désormais exposée au musée de la manufacture.

Alors que les montres à gousset devaient être rondes pour tenir facilement dans la paume de la main, les montres-bracelets ne présentaient pas de telles contraintes.

 Image : Bonhams

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Libérés de cette contrainte physique, les designers se lancèrent dans d’audacieuses expérimentations, créant des modèles de toutes les tailles et formes, du rectangulaire au tonneau en passant par le losange et le carré.

Bien qu’il existe quelques rares modèles de chronographes Patek Philippe fabriqués à cette époque, les montres-bracelets de la marque étaient avant tout de petits modèles affichant uniquement l’heure, dotés de boîtiers en or ou en platine.

Il ne fallut attendre que quelques années après le lancement de la Calatrava pour que Patek commence à fabriquer des montres-bracelets plus compliquées, avec des modèles renommés comme ses montres à heure universelle et ses calendriers perpétuels.

Les pièces les plus typiques de Patek Philippe durant cette période furent des modèles comme celui-ci, que l’on retrouve fréquemment aujourd’hui aux enchères.

Image : Bonhams

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La Gondolo

On peut facilement affirmer que la Gondolo est l’antithèse de la Calatrava, un peu comme si on avait un paon et un cygne l’un à côté de l’autre. Tandis que la Calatrava classique est une pièce élégante et épurée inspirée de la devise du Bauhaus, « la fonction dicte la forme », la Gondolo arbore un style riche en embellissements.

 Image : Phillips

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Ses cadrans abritent une profusion de typographies et d’index des heures, des chiffres Breguet aux index en forme de flèche, mais aussi des motifs guillochés d’une grande complexité. Quant à ses boîtiers, toutes les formes sont permises, comme en témoigne cette Gondolo en forme de trapèze asymétrique, la référence 5489 de 2006.

 Image : Phillips

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La Gondolo doit son nom au célèbre distributeur brésilien Gondolo & Labouriau, le seul revendeur agréé de Patek à Rio de Janeiro jusque dans les années 30.

Patek créa un certain nombre de pièces exclusivement pour lui, en commençant par des montres à gousset puis passant à des montres-bracelets chronomètres, comme ce modèle de 1912.

 Image : Phillips

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Leur collaboration fut très lucrative, les ventes du revendeur représentant certaines années jusqu’à un tiers du chiffre d’affaires annuel de Patek Philippe. Par conséquent, la collection Gondolo fut nommée en hommage à ce distributeur exceptionnel.

Aujourd’hui, bien que Gondolo & Labouriau ait arrêté son activité depuis longtemps, la collection Gondolo abrite toujours certaines des montres habillées les plus décorées de Patek, héritage de cette influence brésilienne.

Quand l’Ellipse-mania fait rage

En 1968, Patek lança la Golden Ellipse, une montre qui rencontra un tel succès qu’en l’espace d’une décennie, presque 70 variantes furent produites. Sa forme s’inspirait du nombre d’or, un principe mathématique découvert par les Grecs de l’Antiquité, et fréquemment utilisé pour expliquer pourquoi les plus grandes œuvres d’art et réalisations architecturales sont si agréables à l’œil.

Image : Bonhams

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Son boîtier remarquable en or, quelque part entre la forme rectangulaire et ovale, devint vite reconnaissable et suscita un véritable engouement auprès des collectionneurs, tous très impatients de mettre la main sur les accessoires de la collection Ellipse. Ceux-ci incluaient des bagues en or de 18 carats, des briquets et des pendentifs légèrement tape-à-l’œil arborant les signes du zodiaque.

Ils sont aujourd’hui tout aussi collector, comme en témoigne la version très rare d’un briquet avec boutons de manchettes assortis, créés pour le Sultan d’Oman vers 1980, adjugée 44 000 dollars lors d’une vente aux enchères de Christie’s en 2023. Bien que les accessoires Ellipse ne soient plus fabriqués, la montre fait toujours partie de la collection et ses modèles vintage ont connu un regain de popularité ces dernières années.

Son design épuré a peu changé au fil des décennies, mais il a été décliné dans différentes tailles de boîtier et divers métaux précieux (or jaune ou blanc, ou platine). La montre a aussi été montée sur différents styles de bracelets, et certaines versions plus grandes affichent un guichet de date à 3 h.

Les années Gilbert Albert

Certains des modèles vintage Patek Philippe parmi les plus intéressants et les plus collector furent créés par le célèbre Gilbert Albert, chef d’atelier chez Patek de 1955 à 1962. Ses designs hors du commun reposent généralement sur des formes asymétriques associées à des cadrans épurés, et demeurent tout aussi révolutionnaires qu’à l’époque.

Les modèles les plus remarquables proviennent de la collection « Asymétrie » en édition limitée, comme la référence 3424 « Rhomboid 3 ». Avec son boîtier de forme rhomboïde et son cadran doté de lignes noires signatures de la marque servant d’index des heures, elle est considérée comme le summum des montres au design rhomboïde.

Image : Bonhams

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Une rare et sans doute unique version de la 3424 en or blanc fit son apparition lors d’une vente aux enchères de Phillips en 2016. À la place des lignes sur le cadran, ce modèle arbore des index bâtons noirs qui, associés à son boîtier en or blanc, le distinguent des autres Patek.

 Image : Phillips

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Un autre modèle asymétrique d’Albert est la référence 3412. Cette montre étonnante a troqué la forme rhomboïde pour un boîtier triangulaire asymétrique en or jaune 18 carats, avec un cadran champagne affichant les mêmes lignes noires signatures de la collection.

La « Ricochet » dorée d’Albert, référence 789/2, avec son boîtier classique rond, revisite l’asymétrie d’une façon originale grâce à son cadran rayon de soleil décentré et concentrique entouré de chiffres romains.

Image : Bonhams

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Les modèles récents oubliés

À côté des grands classiques comme la Calatrava ou l’Ellipse, il existe quelques modèles peu connus plus récents qui sont passés sous les radars, leur fabrication ayant été abandonnée.

L’un d’entre eux est le très glamour La Flamme (photo ci-dessous). Lancée dans les années 1990, cette collection dédiée aux femmes illustrait l’expertise et le savoir-faire de Patek Philippe perpétués par les orfèvres spécialisés des Ateliers Réunis, qui furent rachetés par Patek en 1975. Elle est montée sur un superbe bracelet incurvé en or 18 carats avec effet chaîne et est équipée d’une couronne à cabochon de style Cartier.

 Image : Bonhams

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Un autre modèle dévoilé dans les années 90 est le Pagoda, référence 5500, un garde-temps créé en série limitée pour célébrer l’inauguration de la nouvelle manufacture de Patek à Genève.

Inspiré par les designs avant-gardistes de l’Art déco, il est doté d’un boîtier épuré rectangulaire et incurvé, qui rappelle l’entrée de la manufacture de Genève. Trois versions de cette montre ont été produites en or jaune, blanc et rose, avec des fonds portant la gravure « Commemoration 1997 Pagoda » (photo ci-dessous).

 Image : Bonhams

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La très atypique Gemma (photo ci-dessous) est aussi l’une de ces montres habillées pour femmes oubliées et produites récemment par Patek Philippe. Lancée en 2006 dans la célèbre collection Gondolo, elle est équipée d’un boîtier original rectangulaire et horizontal inspiré de la référence 139, une montre automobile sortie en 1934.

 Image : Bonhams

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Notre sélection de montres Patek récentes

Ces dernières années, les modèles les plus recherchés dans les boutiques Patek Philippe sont ceux des collections sport Nautilus et Aquanaut. Mais les montres habillées occupent encore une grande place dans la production de la marque, avec quatre collections dignes de ce nom, à savoir la Calatrava, la Gondolo, l’Ellipse et la Twenty-4, cette dernière étant destinée aux femmes.

Si vous recherchez une Calatrava proche de la référence 96 de 1932, la référence 6196P (photo ci-dessous) en platine est la montre parfaite.

Pendant ce temps, la collection Gondolo est toujours aussi imprévisible, avec des pièces de haute joaillerie époustouflantes ornées de diamants et de perles, ou de cadrans affichant des gravures d’animaux exotiques comme des zèbres (accessoirement, Patek produisit même une série limitée de vide-poches en porcelaine dans le thème du zèbre pour les grands fans de la marque et d’exotisme).

Avec la collection Gondolo, tout est vraiment possible !

The Gondolo Serata with Zebra dial

Aujourd’hui, il existe plusieurs versions de l’Ellipse affichant uniquement l’heure dans le catalogue Patek, la production de modèles avec un guichet de date ayant été abandonnée.

Cette pièce extrêmement spéciale en or blanc arbore un cadran en émail décoré avec des motifs floraux complexes gravés à la main.

Sans surprise pour une montre fabriquée par les maîtres-artisans de Patek les plus expérimentés dans les métiers d’art, ce modèle coûte plus de 83 000 euros.

L’âme de la marque

Bien qu’ayant été éclipsées ces dernières années par les nombreuses déclinaisons des montres sport Nautilus et Aquanaut, sans oublier les modèles Grandes Complications véritables bijoux de haute horlogerie, les pièces habillées de Patek Philippe demeurent l’âme de la marque.

Que vous recherchiez une montre en or ultra fine au style impeccable ou quelque chose de plus extravagant pour vous faire remarquer sur le tapis rouge, ces montres couvrent tout le spectre et traverseront de nombreuses générations.